Discours du Ministre Adama FOFANA à l’occasion de la cérémonie de clôture du Festival International de la Liberté d’Expression et de la Presse (FILEP)

 

Je ressens à la fois un grand honneur et un réel plaisir à fêter avec vous cette deuxième édition du FILEP, organisée sur le thème « sauver la liberté d’expression et de presse pour renforcer la démocratie ».


Il faut de prime abord s’engager et s’investir résolument dans les combats qu’ouvre un tel thème car la démocratie et la liberté d’expression évoluent l’une et l’autre dans une interaction si intime qu’à tout moment, l’une peut être sauvée quand l’autre est renforcée et vice versa.

En effet, Liberté d’expression et démocratie sont deux concepts qui entretiennent entre eux des rapports de nature consubstantielle.

C’est déjà dans ce sens qu’il faut comprendre l’élan des révolutionnaires français de 1789, lorsqu ‘ils rédigèrent l’article XI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen en ces termes : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme ». C’est bien là qu’entre autres sources nourricières des fondements de nos démocraties modernes, se dessinent les bases des principes proclamés dans toutes nos Constitutions et qui consacrent le Droit des citoyens à l’information et à la communication

Il en va de même du Droit de l’information qui, en tant que discipline juridique s’attache à approfondir les études sur la Liberté d’expression et la Liberté de la presse, leur contenu, leurs applications, leur traduction en règles et l’application de celles-ci dans nos sociétés

L’histoire des sociétés humaines et l’actualité courante nous rappellent et nous enseignent que la liberté de presse reste une conquête inachevée qui s’exprime ou se manifeste comme une résistance de tous les instants contre la tentation de l’oppression ou celle du silence.

C’est pourquoi je pense que le thème de cette deuxième édition du FILEP n’est pas théorique mais plutôt concret et qu’il s’incarne dans l’engagement quotidien des hommes et des femmes qui ont choisi la profession d’informer leurs semblables avec courage, en prenant des risques pour habiller par des mots des blessures et des souffrances ou parfois les espoirs de ceux qui seraient condamnés au silence si eux, journalistes, n’étaient pas là !

Voilà ce qui fait la noblesse de ce métier de journaliste et qui signifie, humanisme, don de soi et altérité dynamique, solidaire et constructive.

C’est pourquoi nous devons rendre hommage à ces nombreux journalistes africains d’hier et d’aujourd’hui, qui, menacés, parfois empêchés de remplir leur mission, nous rappellent toujours que la liberté de la presse a un prix, souvent, le prix le plus fort, c’est-à-dire le prix de la vie, de leur vie !

Quand se précise la mission de la presse de dire à notre société ce qu’elle ne souhaite pas parfois entendre, ou de relever par moment ses égarements, ses renoncements, de pointer ses contradictions, il importe de décerner le prix d’honneur aux journalistes dans cette belle œuvre découlant d’un devoir majeur de citoyenneté, de démocratie !

La liberté d’expression, la liberté de presse, traduites en missions d’information dans le contexte de la démocratie pluraliste, conduisent aussi à des enjeux économiques dont les paramètres agissent considérablement sur la qualité des résultats.

En effet, sans une bonne préparation et une bonne définition des conditions économiques pour accompagner la presse dans ses missions, la liberté d’expression et celle de la presse resteront de simples chimères.

Mais à ce niveau il faut bien nous comprendre car la nécessité de l’accompagnement économique doit écarter toute idée de tutelle quelle qu’elle soit sur la presse. En réalité, elle n’a besoin d’aucune tutelle même quand elle réclame (et légitimement), l’aide et le soutien multiformes de l’Etat.

Ces aides et soutiens sont attendus comme forces et moyens venant à la rescousse des entrepreneurs et acteurs de la presse d’opinion dans leur lutte contre la fragilité économique de l’entreprise, dans leur lutte salutaire pour la sauvegarde de leur indépendance et dans leur désir d’expansion face aux soubresauts de la conjoncture.

En effet, à bien y voir, la presse affronte au quotidien des charges et des coûts qui ne cessent de croître en dépit d’une masse de lectorat qui s’effrite et s’érode et d’une conjoncture publicitaire capricieuse, fantaisiste et inorganisée.

Voilà tracés quelques contours des aires de lutte où avec l’Etat, les différents partenaires et acteurs de la presse, l’on pourrait consolider et conforter davantage la presse dans sa mission d’information pour servir l’intérêt général.

De mon point de vue, ces sillons concernent entre autres:

- l’aide de l’Etat ou sa contribution à la fabrication des journaux (subvention diverses et politique fiscale et douanière portant sur tous les « intrants » concourant à la production d’un journal

- l’aide au transport et à la distribution par une action de régulation au niveau des transports publics et dans l’exécution du service postal national ou sous-régional.

- La réglementation de l’accès à la manne publicitaire… Elle constitue un des plus gros chantiers qui contient en lui plusieurs autres composantes connexes et concernant notamment les relations avec les agences de publicité et celles avec les annonceurs.

De nombreux autres points subsistent qui conditionnent la Liberté de Presse, comme ceux portant sur la situation matérielle et financière des journalistes et ceux portant sur leur statut.

Il est heureux de voir de plus en plus dans nos pays une acceptation mutuelle de la presse et de l’Etat dans un cadre de coexistence pacifiée.

Cela est véritablement le préalable favorable et salutaire à la construction de schémas et de modèles où évolueront harmonieusement la Liberté d’expression et la démocratie, chacune sauvée par le renforcement de l’autre.

C’est ce qui me permet de vous rappeler quelques mots prononcés par Victor HUGO en 1848 au Parlement français : « La Liberté de la presse est la garantie de la Liberté des Assemblées ». Clemenceau renchérissait plus tard en disant : « Gloire au pays où l’on parle, honte au pays où l’on se tait »

C’est avec ces mots que je souhaite une longue vie au Festival International de la Liberté d’Expression et de la Presse (FILEP) et dont je déclare close la deuxième édition tenue à Ouagadougou du 11 au 14 avril 2007.


Je vous remercie

 

Adama FOFANA