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LA MEMOIRE, SOCLE DE L’AVENIR
J’ai la conviction que nous vivons sous le rouleau compresseur d’une actualité si oppressante que nous perdons le réflexe de marquer notre existence de repères et de jalons qui restituent à la postérité notre parcours, afin de lui livrer des enseignements utiles. J’ai en fait observé que notre façon de remplir nos rôles à tous les niveaux se vante souvent d’être libre de toutes références et que nous allons à la modernité en croyant nos actions originales et initiales. Or, Africains, pauvres et peu instruits, nous sommes en général consommateurs impénitents des toutes dernières inventions de la production ultra moderne des biens et des services venus d’ailleurs, et notre propension à remplacer nos vieilles possessions patrimoniales par du neuf dernier cri est impulsée par un empressement sans frein ! En fait, consciemment ou inconsciemment, nous semblons confier le fil de notre destin à des artisans invisibles, pourvoyeurs de savoir, de connaissance, de progrès et finalement … de bien être. C’est bien là, un des paradigmes des termes de notre développement quand on réalise que celui-ci ne prend appui sur aucun capital historique, culturel ou administratif. Finalement nous courons à notre propre perte, à notre destruction et à notre disparition… en tant qu’êtres humains, porteurs d’une civilisation et d’une identité culturelle. Ce faisant, la mondialisation devient un alibi facile pour justifier aux yeux de certains, notre engloutissement dans les flots impétueux des vagues de l’uniformisation civilisationnelle qu’elle semble induire. Et inexorablement, s’installe l’acceptation de notre défaite et de notre renoncement devant l’ampleur de l’œuvre de réhabilitation de notre mémoire et des valeurs de toutes sortes dont regorge notre passé. En réalité nous devons accepter nous-mêmes d’être en grande partie, comptables de notre « dépréciation » sociologique en tant qu’acteurs capables d’impulser notre propre développement à partir du socle ou du levier que constituent les acquis générés par le passé pour ce qu’il contient comme ferment d’expérience et richesse humaine en pionniers et en précurseurs ! On entend souvent dire avec beaucoup de générosité que « l’on ne saura pas où l’on va quand on ignore d’où l’on vient ». Cette affirmation rappelle à suffisance le déterminisme entre le passé et le futur, chacun constituant dans la chronologie de l’existence un état donné du présent avec pour axiome un lien de causalité incorruptible entre l’un et l’autre, de l’un à l’autre. La constitution ou la reconstitution d’une mémoire collective ne procède pas dans les effets qu’elle vise, d’une volonté de renaissance, comme signe d’attachement sentimental au passé ! Cela s’apparenterait à la mélancolie et à la nostalgie des changements à jamais révolus, et qualifierait toute action qui en découle, d’un label passéiste et rétrograde. C’est d’ailleurs ce qui a vite fait de passer de mode, certaines politiques dites d’authenticité Africaines qui en fait n’étaient, là où elles prospéraient, que l’expression d’une volonté de rejet d’influences jugées néfastes et étrangères aux valeurs sociétales autochtones à promouvoir. Ce positionnement par rapport au passé est plutôt sentimental et nécessite une forte dose de propagande et « d’évangélisation » pour réunir une armée d’adeptes imbus d’une nouvelle culture, parfois présentée comme moteur d’une révolution. Mon regard sur le passé est moins dogmatique et ne veut inspirer aucune chapelle idéologique. Il se veut utilitaire, pragmatique et promoteur de développement, tout en reflétant une forme de devoir de la société actuelle pour ce qu’elle fut dans le temps, afin de mieux la servir demain. A cet égard, les pouvoirs publics burkinabé ont entrepris et réalisé une œuvre considérable de restitution et de reconstitution de notre passé par des actions louables d’exhumation de valeurs culturelles et historiques enfouies dans l’oubli collectif. Témoignent de cette œuvre saluée par tous les résultats de fouilles entreprises par Mahamoudou OUEDRAOGO et une escouade de vaillants ethnographes archéologues, historiens et hommes de culture sur toute l’étendue du territoire… Ce travail est la base essentielle de préservation de la mémoire car il faut au départ en découvrir et constater les composantes. Les données rassemblées en « in put » de notre patrimoine national doivent par la suite être rangées, observées, traitées, écrites, décrites, revivifiées quand elles le méritent et modélisées pour promouvoir le devenir. C’est ce regard utile, nécessaire, pragmatique et porteur de développement qui ouvre pour nos sociétés africaines une voie d’illustration et de défense de nos capacités à mieux maîtriser les paramètres de notre développement et ce, dans tous les compartiments de ce développement. Pour l’heure, est-il possible de mesurer sur nous, l’impact de notre passé lointain ou proche sur notre niveau actuel de développement ? On sait par exemple que l’Europe dans son concept original résulte du Traité de Rome (Communauté Economique du Charbon et de l’Acier) de 1952 et que dans sa configuration de base elle porte les vestiges des résultats des guerres d’Italie depuis le 16è siècle ! Paris ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans l’œuvre du Baron de Haussmann qui fut le vulgarisateur des immeubles construits en copropriété, des façades de bâtiments harmonisées et des tracés des grands boulevards au 19è siècle ! Le canal du Midi avec Paul Ricquet, la Tour Eiffel de Gaston Eiffel, les lois chimiques de Lavoisier, les lois de Kepler, l’échelle de Richter, le principe d’Archimède, les bottes de Courrèges, les tirs au but Platiniens, les proses Hugoliennes, les cartes Michelin, les Gault et Millau, les parfums Rochas, les chars Abraham Lincoln, les avions Dassault etc. etc. portent pour l’éternité les noms d’attache qui rendent hommage à des personnalités exceptionnelles. Tous ces éléments habitent notre intellect au quotidien, à tel point que nous excellons dans l’art de citer ou de réciter Ronsard, Verlaine, François VILLON, Jean Paul Sartre, la Fontaine, Shakespeare et de parler de Mozart, Weber, Rossini, Poussin, Paul GAUGHIN, Van GOGH, Jean Michel JARRE, Bernard LAMA, de l’équipe d’Istre, de Lyon, etc. Alors se posent les questions brûlantes et lancinantes à la fois : que représente pour nous : Dim Dolobson, Philippe Zinda KABORE, Nazi BONI, Georges KONSEIGA, Dorange Michel, Maurice YAMEOGO, Bamina Georges NEBIE, Darsalam DIALLO, VINAMA François Djibrill, Michel TOUGOUMA, Hamadoun DICKO, Amirou THIOMBIANO, Charles TAMINI, François BASSOLET, Louis THIOMBIANO, Djim KOLA, Laurent BANDAOGO, Séré DOUANI, Garango Marc TIEMOKO, Ouezzin COULIBALY, Thomas SANKARA, PALE Welté, OUEDRAOGO Gérard KANGO, Seydou KONATE, Naba SAGA, Naba Kougri, Youl TIGARE, Laousséni OUEDRAOGO etc. ??? les sportifs principalement footballeurs et autres d’aujourd’hui ont-ils connaissance de l’expérience laissée par les grands champions tels Amadou BAMBA, OUEDRAOGO Boukary dit Panier, Sakou DELLO, Ousséni DICKO, OUATTARA Badou, Mevi Justin, Soumaïla TRAORE dit Assurance, Bernard OUEDRAOGO dit Kebé Kebé, Sap Olympic, KONATE Yaya dit Bambino, OUATTARA Bapindié, Harouna DIAKITE, Kawessa, cyril Bandaogo, Koita Mamdou, Drissa TRAORE dit Driballon, Daniel Coulibaly dit Sombrero, TRAORE Drissa Mâlo dit Saboteur, Paul BOUDA (Judoka), OUEDRAOGO Saïdou Zator ( Champion de vitesse) ??? Les airs de musique qui flottent dans nos têtes sont-ils libres de toutes influences des précurseurs que sont : Kader KANAZOE, Henri Tapsoba, Samboué Jean Bernard, DIOP Médoune, Jacques Souly, Moustapha THIOMBIANO, le Super Volta, le Dafra Jazz, le Volta Jazz, Antonio, CISSE Abdoulaye, Tapsoba Opportune, Salifou DRAME, Tidiane Coulibaly, MEDA Françis, SIMPORE Maurice, Nick Domby, Black So Man ??? Ce sont là les tout premiers échantillons humains constitutifs de ce capital dont dispose notre pays dans les domaines cités du sport, de la musique, de la politique… Mais il en subsiste de nombreux qui, par leurs investissements passés ou même présents pour certains, ont donné et donnent la meilleure part de leur vie à leurs concitoyens. Il en existe dans les domaines scientifiques, de l’invention, de la création, de l’ingénierie, de l’art vestimentaire, de la peinture, de l’artisanat (vannerie, coordonnerie, tissage) de la coiffure, de l’art culinaire. Nous devons tous nous approprier leur savoir et leur savoir –faire car une sagesse chinoise nous enseigne que « ce que l’on sait n’est pas à soi, mais appartient aux autres ». C’est pourquoi je milite pour qu’en terme de volonté politique s’organise dans notre pays et au plan national une « journée » ou une « semaine du patrimoine ». Cette manifestation permettra de faire un inventaire exhaustif de ce patrimoine dans toutes ses composantes physiques et ouvrira subsidiairement de saines opportunités pour rendre hommage aux hommes et femmes décideurs politiques, bâtisseurs, créateurs qui en ont été les géniteurs. Il est urgent de prendre, sans folklore des décisions salvatrices qui nous incitent à une « modélisation » des valeurs et figures qui nous entourent. J’observe aujourd’hui avec circonspection et aussi avec désarroi l’effet des influences extérieures sur nos jeunes et nos enfants. Peu d’attirances issues de nos réalités s’exercent sur eux dans la construction de leur devenir ; des besoins alimentaires aux besoins éducatifs, des effets vestimentaires aux statuts sociaux par le jeu des relations interindividuelles ou de groupe, des ambitions déclarées aux projections de carrière ou de vie professionnelle, tout ce qui les concerne aujourd’hui est frappé du sceau des influences Coca Cola, NTM, EMINEM, TRACE, HIP HOP, RNB et, hélas de dérivatifs psychotropes insidieux… Demain est déjà là, n’en faisons rien qui ne nous appartienne. Il est vital de réagir.
Adama FOFANA Commandeur de l’Ordre National
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